Une flaque de sang ne laisse personne indifférent. Elle impose le silence. Puis l’urgence. Derrière cette nappe rouge, il y a peut-être une plaie spectaculaire mais superficielle. Ou une hémorragie qui tue en quelques minutes. Le sang ne prévient pas. Il coule.
Face à un accident, chaque seconde compte, mais la précipitation peut aggraver la situation. Il faut agir vite. Agir correctement. Et ne jamais oublier que le premier sauveteur à protéger, c’est soi-même.
Avant tout : se protéger et évaluer le danger
Une personne gisant dans une flaque de sang attire immédiatement l’attention. Pourtant, se jeter à genoux sans regarder autour de soi est une erreur fréquente. Accident de la route, verre brisé, outil coupant, incendie, câble électrique, produit chimique : la cause de la blessure peut encore représenter une menace.
Observez la scène pendant quelques secondes :
- Y a-t-il un véhicule qui circule encore ?
- Le sol est-il électrifié, glissant ou instable ?
- Un incendie, une fumée ou une fuite de gaz menace-t-il les personnes présentes ?
- L’agresseur éventuel est-il encore sur place ?
- Des objets coupants ou des débris peuvent-ils vous blesser ?
Si le danger persiste, éloignez-vous et demandez de l’aide. En France, appelez le 112, numéro d’urgence européen, ou le 18 pour les sapeurs-pompiers. Le 15 permet de joindre le SAMU. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent contacter le 114 par SMS ou via les services dédiés.
Ne devenez pas une deuxième victime. Un sauveteur blessé ne peut plus secourir personne. La flamme du courage ne doit pas brûler le bon sens.
Appeler les secours sans attendre
Une flaque de sang abondante, un écoulement continu ou un sang qui jaillit par pulsations doivent être considérés comme les signes possibles d’une hémorragie grave. Appelez immédiatement les secours, même si la victime affirme que « ça va ». L’adrénaline masque parfois la douleur. Elle ne stoppe pas le saignement.
Au téléphone, donnez des informations précises :
- l’adresse exacte ou la localisation la plus détaillée possible ;
- la nature de l’accident ;
- le nombre de victimes ;
- l’état apparent de la personne : consciente, inconsciente, respirant ou non ;
- l’importance du saignement ;
- les dangers encore présents sur place.
Ne raccrochez pas le premier. L’opérateur peut vous guider, vous demander de vérifier la respiration ou vous expliquer la conduite à tenir. Activez le haut-parleur si vous êtes seul. Vos mains doivent rester disponibles.
Arrêter le saignement : la pression directe
Lorsqu’une plaie saigne abondamment, la priorité est de comprimer la zone. Utilisez une compresse stérile si vous en avez une. À défaut, prenez un tissu propre, un vêtement ou un linge disponible. Posez-le directement sur la plaie et appuyez fermement avec la paume de la main.
La pression doit être continue. Pas cinq secondes. Pas le temps de regarder si le sang s’est arrêté. Maintenez-la jusqu’à l’arrivée des secours ou jusqu’au relais par une autre personne.
Si le tissu est imbibé, ne le retirez pas pour vérifier la plaie. Ajoutez une autre compresse par-dessus et continuez à appuyer. Enlever la première protection peut arracher un caillot en formation et relancer l’hémorragie. Le sang n’aime pas les interruptions.
Si vous disposez de gants à usage unique, mettez-les avant tout contact avec le sang. Ils réduisent le risque de transmission d’agents infectieux. S’ils ne sont pas disponibles, utilisez un sac plastique propre comme barrière, ou demandez à une autre personne de prendre le relais. Après l’intervention, lavez-vous soigneusement les mains à l’eau et au savon.
Quand utiliser un garrot ?
Le garrot n’est pas un accessoire de confort. C’est une mesure de secours pour une hémorragie massive d’un bras ou d’une jambe, lorsque la compression directe est impossible, inefficace ou doit être abandonnée pour protéger la victime d’un danger immédiat.
Il peut être nécessaire lors d’une amputation, d’un écrasement, d’une plaie profonde ou d’un saignement incontrôlable. Utilisez un garrot de secours si vous en possédez un et si vous savez vous en servir. Placez-le au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation. Serrez jusqu’à l’arrêt du saignement. Notez l’heure de la pose et transmettez-la aux secours.
Ne desserrez pas un garrot vous-même. Ne le recouvrez pas de vêtements ou d’une couverture. Les professionnels de santé prendront la décision adaptée à leur arrivée.
En l’absence de garrot prévu pour cet usage, ne perdez pas de temps à fabriquer un dispositif fragile avec une ficelle fine ou un câble. Une compression manuelle forte reste préférable tant qu’elle est possible et efficace.
Un objet est planté dans la plaie : ne le retirez jamais
Un morceau de verre, une lame, une barre métallique ou tout autre objet peut être fiché dans le corps. Même si l’objet semble responsable du saignement, ne le retirez pas. Il peut colmater partiellement un vaisseau. L’extraire pourrait provoquer une hémorragie brutale.
Comprimez autour de l’objet, sans appuyer dessus. Stabilisez-le avec des compresses ou des linges disposés de part et d’autre. Maintenez la victime immobile autant que possible et attendez les secours.
La même prudence s’impose pour une plaie au cou, au thorax ou à l’abdomen. Ces blessures peuvent être beaucoup plus graves qu’elles n’en ont l’air. Ne cherchez pas à nettoyer profondément la plaie. Ne versez pas d’alcool, d’eau oxygénée ou de désinfectant dans une blessure sévère.
Vérifier la conscience et la respiration
Une fois le saignement comprimé et les secours alertés, surveillez la victime. Parlez-lui calmement. Demandez-lui son nom, ce qui s’est passé, si elle ressent une douleur particulière. Une personne confuse, très pâle, somnolente ou incapable de répondre peut être en état de choc.
Si la victime ne répond pas, vérifiez si elle respire normalement. Observez le mouvement de sa poitrine et écoutez sa respiration pendant quelques secondes. Une respiration irrégulière, lente, bruyante ou composée de gasps ne doit pas être considérée comme normale.
Si la personne est inconsciente mais respire normalement, placez-la en position latérale de sécurité, sauf si vous suspectez une blessure grave au dos, au cou ou au bassin et qu’aucun danger ne l’impose. Continuez à surveiller sa respiration. Si elle cesse de respirer normalement, commencez immédiatement un massage cardiaque et suivez les instructions de l’opérateur du 15 ou du 112.
Si la personne est consciente, laissez-la dans la position où elle se trouve, sauf nécessité absolue. Un accidenté qui souffre d’une fracture, d’un traumatisme du dos ou d’une blessure interne ne doit pas être déplacé sans raison. Chaque mouvement peut transformer une lésion en catastrophe.
Reconnaître les signes de choc
Une perte de sang importante peut entraîner un état de choc. Le corps tente de maintenir l’irrigation du cerveau et du cœur. Les signes doivent alerter :
- pâleur inhabituelle ou teint grisâtre ;
- peau froide, moite ou marbrée ;
- respiration rapide ;
- pouls rapide et faible ;
- soif intense ;
- vertiges, faiblesse, confusion ou somnolence ;
- angoisse inhabituelle ou comportement incohérent.
Allongez la victime si son état le permet, gardez-la au chaud avec une couverture et rassurez-la. Ne lui donnez ni nourriture, ni boisson, ni médicament, même si elle le demande. Une intervention chirurgicale peut être nécessaire. Un estomac rempli complique parfois l’anesthésie.
Ne surélevez pas automatiquement les jambes. Cette ancienne recommandation n’est pas adaptée à toutes les situations, notamment en cas de traumatisme, de fracture, de douleur thoracique ou de difficulté respiratoire. Suivez les consignes des secours.
Les erreurs qui aggravent la situation
Dans la panique, les gestes absurdes apparaissent vite. Certains ressemblent à des réflexes. Ils sont dangereux.
- Ne retirez pas un objet planté dans le corps.
- Ne rincez pas abondamment une plaie qui saigne fortement avant de la comprimer.
- Ne retirez pas une compresse imbibée : ajoutez-en une autre par-dessus.
- Ne donnez pas d’alcool, de café, de nourriture ou de médicaments.
- Ne déplacez pas la victime sauf danger immédiat.
- Ne laissez pas la personne seule pour chercher du matériel si quelqu’un peut appeler ou aider.
- Ne filmez pas la scène et ne publiez aucune image. L’urgence n’est pas un spectacle.
Le fameux geste consistant à faire boire la victime « pour lui redonner des forces » n’a rien d’un traitement. L’eau ne remplace pas le sang perdu. Elle peut même poser problème si une opération est nécessaire.
Après l’accident : signaler et se faire accompagner
Une personne exposée au sang peut être choquée, trembler ou présenter des réactions retardées. Une fois les secours arrivés, transmettez toutes les informations utiles : mécanisme de l’accident, quantité approximative de sang perdue, durée de la compression, pose éventuelle d’un garrot, perte de connaissance et évolution de l’état de la victime.
Si votre peau ou vos yeux ont été en contact avec du sang, rincez immédiatement les muqueuses à l’eau. Nettoyez une plaie cutanée à l’eau et au savon. Demandez rapidement un avis médical, surtout si le sang provenait d’une personne dont l’état infectieux est inconnu. Ne minimisez pas une exposition sous prétexte qu’elle semble légère.
Un accident peut aussi laisser une trace psychologique. Images persistantes, cauchemars, tremblements, culpabilité : ces réactions sont possibles, même lorsque les gestes de secours ont été correctement réalisés. Parler à un professionnel de santé peut aider. Secourir quelqu’un ne signifie pas être invulnérable.
Préparer son domicile et son véhicule
Une trousse de secours correctement équipée peut faire gagner de précieuses secondes. Elle devrait contenir des gants jetables, des compresses stériles, des pansements compressifs, une couverture de survie, du sérum physiologique et, selon les recommandations des services de secours, un garrot adapté. Vérifiez régulièrement les dates et remplacez le matériel utilisé.
Dans une voiture, la trousse doit rester accessible. Pas enfouie sous les bagages, dans un compartiment verrouillé ou sous une roue de secours. Dans un logement, chaque adulte devrait connaître l’adresse exacte, l’emplacement de la trousse et les numéros d’urgence.
Une formation aux premiers secours, comme le PSC1, permet d’apprendre les bons gestes dans un cadre pratique. On y découvre que secourir ne consiste pas à jouer au médecin. Il s’agit de protéger, alerter et réaliser les gestes simples qui maintiennent une chance en vie jusqu’à l’arrivée des professionnels.
Devant une flaque de sang, la peur est normale. L’immobilité, elle, peut coûter cher. Regardez le danger. Appelez. Comprimez. Surveillez. Ces gestes sont simples, mais ils exigent de rester lucide lorsque tout autour semble partir en fumée.
