Ccff var : rôle, missions et fonctionnement des comités communaux des feux de forêt

Ccff var : rôle, missions et fonctionnement des comités communaux des feux de forêt

Dans le Var, l’été ne se contente pas de chauffer les pierres. Il assèche les herbes, durcit les sols, tend les pins comme des mèches prêtes à prendre. Quand le vent se lève, quelques secondes peuvent suffire à transformer une fumée suspecte en front de flammes.

Face à ce danger, les sapeurs-pompiers ne sont pas seuls. Dans de nombreuses communes, des femmes et des hommes veillent, patrouillent, informent et donnent l’alerte. Leur nom : les Comités communaux des feux de forêt, plus connus sous le sigle CCFF.

Ces bénévoles ne remplacent pas les soldats du feu. Ils ne jouent pas aux héros. Leur rôle est différent, mais essentiel : agir avant l’incendie, pendant les premières minutes de l’alerte et autour de la population pour limiter les risques. Dans un département aussi exposé que le Var, cette présence de terrain peut faire la différence entre un départ de feu rapidement maîtrisé et une catastrophe qui dévore plusieurs centaines d’hectares.

Qu’est-ce qu’un CCFF dans le Var ?

Un CCFF est une structure communale composée de bénévoles mobilisés pour participer à la prévention et à la surveillance des feux de forêt. Il fonctionne sous l’autorité du maire, qui demeure le responsable de la sécurité sur le territoire de sa commune.

Le comité s’inscrit dans le dispositif local de prévention des incendies. Il connaît les chemins, les massifs, les points d’eau, les secteurs difficiles d’accès et les zones où la végétation forme un véritable tapis inflammable. Cette connaissance intime du terrain est précieuse. Une carte ne montre pas toujours le sentier effondré, la barrière condamnée ou la piste devenue impraticable après un épisode pluvieux.

Les membres du CCFF sont des bénévoles. Certains sont habitants de longue date. D’autres viennent du monde agricole, de la chasse, de la randonnée, de la protection de l’environnement ou des services municipaux. Tous partagent une même conviction : un incendie se combat aussi avant l’apparition des flammes.

Le fonctionnement exact varie d’une commune à l’autre. Le comité peut être intégré à une réserve communale de sécurité civile, fonctionner comme une organisation municipale spécifique ou être coordonné avec d’autres acteurs locaux. Dans tous les cas, il agit dans un cadre défini par la commune et en lien avec les autorités compétentes.

Pourquoi le Var a-t-il besoin de ces comités ?

Le Var cumule plusieurs facteurs de risque. Un climat méditerranéen. Des périodes de sécheresse plus longues. Des vents parfois violents. Une végétation dense dans de nombreux massifs. Et une urbanisation qui s’approche toujours davantage des espaces boisés.

À cela s’ajoute la fréquentation humaine. Une cigarette mal éteinte. Un barbecue installé au mauvais endroit. Une étincelle produite par une débroussailleuse. Un véhicule stationné sur de l’herbe sèche. Un feu d’artifice utilisé sans précaution. Le feu n’a pas besoin d’un grand geste. Il se contente souvent d’une négligence minuscule.

Les services de secours disposent de moyens puissants : camions-citernes, avions bombardiers d’eau, hélicoptères, véhicules de commandement et équipes spécialisées. Mais aucun appareil ne peut être partout à la fois. Les CCFF occupent un espace intermédiaire : celui de la proximité, de la vigilance et de la prévention quotidienne.

Un bénévole qui repère une fumée depuis une piste forestière, identifie rapidement le secteur et transmet une information précise offre aux secours un avantage décisif. Dans la lutte contre le feu, le temps n’est pas une abstraction. C’est une ressource qui brûle.

Les principales missions des CCFF

Les missions peuvent différer selon les communes, les consignes préfectorales et les moyens disponibles. Elles s’articulent toutefois autour de plusieurs fonctions essentielles.

Surveiller les massifs et les zones sensibles

Durant les périodes à risque, les membres du CCFF effectuent des patrouilles à pied, à vélo ou en véhicule. Ils parcourent les pistes, les lisières, les aires de stationnement et les secteurs fréquentés par le public.

Ils recherchent les signes annonciateurs d’un problème :

  • fumée ou odeur de brûlé ;
  • feu naissant ou foyer mal éteint ;
  • personne utilisant un appareil à flamme dans une zone interdite ;
  • accès bloqué par un véhicule ou une barrière ;
  • dépôt sauvage de déchets inflammables ;
  • dégradation d’une piste, d’un point d’eau ou d’un équipement de défense contre l’incendie.

La patrouille n’est pas une promenade contemplative entre les pins. Elle suppose de rester attentif, de connaître les procédures et de savoir transmettre une alerte exploitable.

Donner rapidement l’alerte

Lorsqu’un départ de feu est observé, la priorité est claire : prévenir les secours. Le numéro d’urgence à utiliser est le 18 ou le 112. Le témoin doit fournir des informations précises : localisation, accès possible, direction du vent, nature de la végétation, importance apparente du feu et éventuelle présence de personnes ou d’habitations menacées.

Le membre d’un CCFF ne se contente pas de dire : « Ça brûle dans la forêt. » Cette phrase ne suffit pas. Il indique un massif, une piste, un point remarquable, une commune, une coordonnée si elle est disponible. Il décrit ce qu’il voit sans exagérer ni minimiser.

Une alerte bien formulée permet aux opérateurs et aux sapeurs-pompiers de gagner de précieuses minutes. Elle peut aussi éviter l’envoi d’un dispositif au mauvais endroit, erreur dramatique lorsque plusieurs accès se ressemblent.

Informer la population

La prévention est l’une des grandes forces des CCFF. Les bénévoles rappellent les règles aux promeneurs, aux riverains, aux touristes et aux professionnels intervenant en forêt.

Ils peuvent expliquer :

  • les périodes et secteurs où l’accès aux massifs est réglementé ;
  • les interdictions concernant l’emploi du feu ;
  • les obligations légales de débroussaillement ;
  • les bons réflexes à adopter en cas de fumée ou d’incendie ;
  • les comportements à éviter sur les pistes et les aires naturelles.

Cette mission demande du tact. Prévenir ne signifie pas humilier. Pourtant, il faut parfois rappeler fermement qu’un barbecue au bord d’un massif asséché n’est pas une fantaisie estivale, mais une prise de risque inutile. Le feu ne lit pas les panneaux. Il profite seulement de ceux qui les ignorent.

Participer à l’entretien et au repérage du terrain

Les CCFF peuvent contribuer à repérer les difficultés d’accès, les arbres tombés, les équipements endommagés et les points d’eau utilisables par les secours. Ils transmettent ces informations à la commune ou aux services concernés.

Ils peuvent également participer à des actions de sensibilisation autour du débroussaillement. Cette obligation légale vise notamment les propriétaires situés à proximité des espaces boisés. Elle consiste à réduire la végétation autour des constructions et le long de certains accès afin de ralentir la propagation du feu et de faciliter l’intervention des secours.

Le débroussaillement ne signifie pas raser son terrain à blanc. Il s’agit d’organiser la végétation, d’éliminer les continuités combustibles et de maintenir une distance suffisante entre les arbres, les arbustes et les bâtiments. Une maison entourée de broussailles peut devenir un piège. Une maison correctement protégée offre davantage de chances à ses occupants et aux intervenants.

Ce que les CCFF ne font pas

Une confusion revient souvent : les bénévoles des CCFF ne sont pas des sapeurs-pompiers. Ils n’ont pas vocation à pénétrer dans un front de flammes ni à mener une attaque directe du feu.

Ils ne doivent pas :

  • se mettre en danger pour sauver un bien ou récupérer un objet ;
  • entrer dans une zone embrasée sans ordre ni équipement adapté ;
  • manipuler seuls des moyens hydrauliques destinés à l’intervention opérationnelle ;
  • déplacer un véhicule ou forcer un accès au mépris des consignes ;
  • se substituer aux forces de secours ou aux forces de l’ordre.

Leur mission est d’observer, prévenir, informer, alerter et accompagner dans les limites fixées par leur formation. Une intervention improvisée peut aggraver la situation. Face à un incendie, le courage ne consiste pas à s’approcher toujours davantage. Il consiste parfois à reculer, transmettre la bonne information et laisser les professionnels agir.

Comment fonctionne un CCFF sur le terrain ?

Avant la saison estivale, la commune organise généralement les permanences, les patrouilles et les secteurs de surveillance. Les bénévoles reçoivent des consignes sur les niveaux de danger, les conditions météorologiques et les restrictions d’accès aux massifs.

Dans le Var, la vigilance dépend notamment de la sécheresse, du vent, de la température et de l’état de la végétation. Le risque peut évoluer très vite. Une journée classée dangereuse impose davantage de patrouilles et une attention renforcée. Lorsque le risque devient extrême, certaines zones peuvent être interdites au public.

Les membres disposent, selon les communes, de véhicules identifiés, de moyens de communication, de cartes, de vêtements adaptés et parfois de petits équipements d’observation ou de première intervention. Le matériel ne transforme pas un bénévole en soldat du feu. Il améliore simplement sa capacité à surveiller et à transmettre.

Les patrouilles se font généralement en binôme ou en équipe. Cette règle élémentaire évite l’isolement et facilite la prise de décision. Chaque sortie peut donner lieu à un compte rendu : itinéraire parcouru, anomalies constatées, personnes informées, départs de fumée signalés ou équipements à contrôler.

Lorsque les secours interviennent, le CCFF peut faciliter leur orientation. Un bénévole connaissant une piste secondaire ou un accès forestier peut guider les véhicules jusqu’au secteur concerné, à condition de respecter les ordres du commandement des opérations de secours.

Une coordination avec les pompiers et les autres acteurs

Les CCFF travaillent dans un environnement où plusieurs acteurs interviennent : mairie, préfecture, Service départemental d’incendie et de secours, Office national des forêts, gestionnaires de massifs, forces de l’ordre, associations et services techniques.

La coordination est indispensable. Un comité isolé, même motivé, ne peut pas gérer seul un risque départemental. Les formations, les exercices et les réunions permettent d’harmoniser les pratiques. Qui alerte ? Qui ferme une piste ? Qui informe les habitants ? Qui accompagne les secours ? Ces questions doivent être réglées avant la fumée, pas au milieu des flammes.

Les bénévoles peuvent aussi participer à des exercices de mise en situation. Une simulation d’évacuation, une reconnaissance de piste ou un entraînement à la transmission radio paraît parfois répétitif. Pourtant, le jour où une colonne de fumée monte derrière une colline, les automatismes deviennent une protection.

Comment rejoindre un CCFF dans le Var ?

Les modalités d’engagement dépendent de chaque commune. Une personne intéressée doit d’abord contacter sa mairie ou le service municipal chargé de la sécurité civile. Certaines communes recrutent des bénévoles avant la saison des feux, d’autres organisent une réunion d’information ou une formation spécifique.

Les qualités recherchées ne se limitent pas à la condition physique. Il faut surtout être sérieux, ponctuel, capable de respecter une consigne et de garder son calme. Connaître le territoire est un avantage. Savoir travailler en équipe est indispensable.

Une formation peut porter sur :

  • la prévention des incendies et la réglementation ;
  • la lecture de carte et l’orientation ;
  • la transmission d’une alerte ;
  • les comportements à adopter face à un feu ;
  • les règles de sécurité en patrouille ;
  • les gestes de premiers secours ;
  • la sensibilisation du public.

Le bénévole doit également mesurer son engagement. Une patrouille sous forte chaleur n’est pas anodine. Il faut s’hydrater, porter une tenue adaptée, respecter les horaires et signaler toute difficulté. La prévention des incendies ne doit pas créer de nouveaux accidents.

Les bons réflexes pour les habitants et les visiteurs

Le meilleur soutien aux CCFF reste un comportement responsable. Avant de partir en promenade, il est utile de consulter les informations officielles sur l’accès aux massifs et le niveau de danger. Les règles changent selon les secteurs et les jours. Une piste ouverte hier peut être interdite aujourd’hui.

En cas de fumée, il faut s’éloigner du secteur et appeler immédiatement le 18 ou le 112. Il ne faut pas attendre pour vérifier si le feu « va s’éteindre tout seul ». Il ne faut pas non plus saturer les réseaux sociaux avec une localisation approximative avant d’avoir alerté les secours.

Sur la route, ralentir est essentiel. Se garer devant une barrière, sur une piste ou dans un virage peut bloquer les véhicules d’intervention. Un véhicule mal stationné n’est pas seulement gênant. Il peut retarder une citerne qui se dirige vers une maison menacée.

Enfin, chacun doit respecter les interdictions de fumer, de faire du feu et d’utiliser des outils produisant des étincelles lorsque les conditions l’exigent. Une forêt méditerranéenne n’est pas un décor inerte. Elle est vivante, fragile et parfois extraordinairement inflammable.

Les CCFF veillent dans l’ombre. Ils parcourent les pistes quand la plupart des gens cherchent l’ombre d’une terrasse. Leur travail est discret, souvent invisible, jusqu’au jour où une fumée apparaît. Alors, chaque information transmise, chaque accès connu, chaque habitant sensibilisé peut peser lourd face au brasier. Parce qu’un incendie se combat avec de l’eau, des moyens aériens et des hommes entraînés. Mais il se gagne aussi bien plus tôt, dans la vigilance ordinaire de celles et ceux qui refusent de détourner le regard.